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Suite
Page 2.
Un
avis du Partissisme des gauches.
Voici mieux encore, Jean Jaurès, le grand tribun socialiste,
s'adresse, par la voie du Matin (29 décembre),
« Au Prophète de Dieu ». Sa lettre vaut d'être citée, presque
tout entière.
« Monsieur,
« ...laissez-moi
vous dire, avec cette sincérité que vous semblez aimer, que
votre élection est un des événements les plus considérables
de ces dernières années... Ce qui est important dans votre
élection, et peut-être décisif, c’est que par vous, pour la
première fois, pénètre au Parlement, un député des Arabes...
Dès maintenant, à n’en pas douter, ils vous considèrent comme
leur envoyé, comme leur interprète. Quelle responsabilité
pour vous, et aussi pour la Chambre même ! et comme ceux-là
sont mal inspirés, comme ils comprennent mal l'intérêt de
la France en Algérie, qui conseillent aux députés je ne sais
quelle attitude de dédain ou de moquerie envers vous ! Il
y a quelques semaines mon ami Viviani, dans la discussion
sur 1’interpellation algérienne demandait éloquemment à la
Chambre d'appeler devant
elle tous les ans, pour l'examen du budget de l'Algérie, des
délégués arabes. La Chambre accueillait cette proposition
avec un scepticisme superbe : mais Allah, que dans notre jargon
abstrait
nous appelons la force des choses, se joue comme il lui plaît
des parlementaires, et quelques semaines après un sectateur
du Coran était envoyé à la Chambre pour y représenter, en
apparence les électeurs de Pontarlier, et selon un dessein
plus profond, tous les Arabes qui souffrent et attendent,
des quais d'Alger au seuil du désert. Et comme éclate ici
la force de l'esprit
! Suspect au colon, spolié par le juif, systématiquement exproprié
par le Code et la procédure, privé à dessein de ses écoles
supérieures et dépouillé de sa civilisation comme de son domaine,
ignoré d'ailleurs et dédaigné de la France continentale, l'Arabie
d'Algérie s'affaissait dans une ignorance triste, dans une
misère découragée ou haineuse.
Mais à la même heure, la force de
pensée, la beauté
de poésie, la puissance de piété et de rythme du Coran séduisait
un Français de France ; et il se préparait à entrer au Parlement
pour y défendre le peuple arabe
avec une autorité toute nouvelle, celle que lui donne une
entière communauté de foi et d'âmes avec les vaincus.
« Vous
pourrez beaucoup pour eux. Monsieur ; que ferez-vous ! Le
plus urgent, semble-t-il, est de les défendre contre nos préjugés...
La vérité c'est qu'on a calomnié à plaisir ce peuple arabe
pour le dépouiller tout à l'aise et le
dépouiller sans vergogne... Voulez-vous dire qu'il faut leur
conférer immédiatement les droits politiques, l'électorat
et l'éligibilité ? Oui, il le faut, mais à la condition de
prendre au préalable, des mesures décisives qui ramènent à
la France le cœur des Arabes. »
Annulation du scrutin. Le
Partissisme des droites se mobilise.
Des journaux — ceux de droite — espèrent que l'élection du
docteur Grenier sera annulée :
« Il
ne faut pas oublier, écrit Le Petit Havre du 29 décembre,
en effet, que le successeur de M. Dionys Ordinaire, a été
élu en quelque sorte par surprise, grâce à la division de
ses adversaires, et aussi, dit-on, à des manœuvres qui seraient
de nature à vicier le scrutin.»
Quelles manœuvres ? Mystère... O bonne foi des
cuistres
qui ne peuvent cacher leur déception ! Cependant le nouveau
député adresse à ses électeurs les remerciements d'usage.
Il le fait en des termes qu'on ne trouve pas souvent sous
la plume des parlementaires :
« ...Je demande
à Dieu de persévérer toujours dans les principes que je me
suis tracés : ne pas m'écarter de la voie droite, rester toujours
un homme probe, dévoué, désintéressé, un homme du devoir.
»
Mais le docteur Grenier, en cette fin d'année, a pris le train
pour Paris, impatient sans doute de se mesurer avec la Capitale
et de pénétrer les arcanes de la vie d'un député. Voici le
portrait qu'en trace un rédacteur du Soleil (30-12-1896)
:
« Le député musulman
de Pontarlier est arrivé mardi matin à Paris. M. le Docteur
Grenier a fait son entrée dans la Capitale vêtu d'un burnous
blanc, coiffé d'un turban à corde de chameau et chaussé de
bottes à l'écuyère. C'est un homme de petite taille, aux mouvements
sensiblement nerveux. Il n'a que trente ans ; on lui en donnerait
quarante. Il a le type oriental très prononcé. On dirait un
kabyle
des plus authentiques : le front est bombé : le visage
ovule se termine par une barbiche claire et très noire, la
peau est brune, et l'œil, noir et luisant, garde de longs
instants l'immobilité contemplative des fils de l'Orient.
»
Un rédacteur du Temps ajoute :
« En
somme, le Dr Grenier a l'abord des plus sympathiques. Sa voix
un peu lourde, le geste qui est lent. les yeux chauds et francs
semblent caresser l'interlocuteur pour le persuader et le
séduire. Ce nouveau « Prophète de Dieu » a reçu les dons naturels
nécessaires dans toute œuvre de prosélytisme et d'apostolat.
»
Le National, Le Soir, La
Pairie, rendent compte de l'arrivée du Dr Grenier à
Paris. (Ce dernier journal a même délégué un dessinateur qui
n'accouche, à la vérité, que d'un croquis insignifiant.)
Les rédacteurs
l'assaillent de questions :
— Pourquoi
vous êtes-vous fait musulman ?
— Avantages de l'Islamisme ?
— Vos opinions sur le fatalisme ? Sur
la polygamie ?
— « Vous désirez savoir pourquoi je me suis
fait musulman ? leur répond-t-il. Par goût, par penchant,
par croyance, et nullement par fantaisie, comme quelques-uns
l'ont insinué. Dès mon jeune âge l'Islamisme et sa doctrine
ont exercé sur moi une attraction presque irrésistible. A
la suite de différents voyages que j'ai faits en Algérie,
ce qui n'était que penchant est devenu ferveur, mais ferveur
raisonnée, car ce n'est qu'après une lecture attentive du
Coran, suivie d'éludes approfondies et de longues méditations
que j'ai embrassé la religion musulmane. J'ai adopté
cette loi, ce dogme, parce qu'ils m'ont semblé tout aussi
rationnels et en tout cas plus conformes à la science que
ne le sont la foi et le dogme catholiques. J'ajoute
que les prescriptions de la loi musulmane sont
excellentes, puisqu'on point de vue social, la société arabe
est basée tout entière sur l'organisation de la famille, et
que les principes d'équité, de justice, de charité envers
les malheureux, y sont seuls en honneur ; et qu'au point de
vue de l'hygiène — ce qui a bien quelque importance pour un
médecin — elle proscrit l'usage des boissons alcooliques et
ordonne les ablutions fréquentes du corps et des vêtements
». (Le Journal,
31 décembre 1890).
« ...S'il existe
des Prophètes (et j'entends par ces mots des réformateurs
de l'humanité suscités par la volonté de Dieu) parmi les
peuples de l'Afrique, pourquoi n'en aurions-nous pas parmi
les peuples européens ? J'ai senti que ma mission était d'être,
chez ce peuple, le prophète de Dieu. »
(Le Gaulois, même date.)
« ...Je
prends congé du Docteur Grenier qui est, à mon avis, un fort
galant homme, très simple et qui surprendra, j'en suis convaincu,
plus d'un détracteur, car bien que son costume prête à la
plaisanterie, il suffit de causer quelques minutes avec lui
pour se rendre compte que ce n'est pas un fou qui parle, pas
plus qu'un assoiffé de réclame. Tout, dans sa personne, je
le répète dénote un convaincu, dans tous les cas, un honnête
homme, un esprit éclairé
», écrit un rédacteur de La Lanterne qui était allé
l'attendre en Gare de Lyon avec ses confrères.
« ...il
s'en faut de beaucoup qu'il soit un fanatique, comme on l'a
prétendu, et il ne se livre pas non plus à toutes le» pratiques
ridicules qu'on lui a prêtées »,
souligne un rédacteur de l’Eclair.
Il ressort
des innombrables articles de journaux
que nous avons dépouillés, que le docteur Grenier était d’une
courtoisie parfaite à l'égard des journalistes et d'une patience
rarement égalée. Les indiscrétions les plus savantes, les
questions les plus oiseuses avaient leur réponse, et même,
s'ils se sont approchés de lui pour le moquer, ces messieurs
reconnaissaient qu'ils avaient affaire au meilleur des hommes.
Il semble même que sa parole en a convaincu quelques-uns,
ou tout au moins que les manifestations de sa foi, que son
amour des hommes, que la générosité de ses conceptions sociales,
aient infirmé la réputation qu'on veut lui faire. Il
semble... mais ce serait mal connaître les Parisiens.
Voici le tour des chansonniers : certains pastichent Béranger
pour le blaguer :
Je
suis l'esprit incarné du Prophète,
Un corps astral
célèbre dans l'Islam.
J'accours
en France, et me fais une fête
D'y susciter
quelque peu de tam-tam.
J'ai donc
inclus mon nouveau domicile
Au corps charnel
d'un docteur gentleman.
Je l'ai trouvé sympathique et docile...
Dans un Grenier
qu'on est bien musulman !
A Pontarlier,
ce neveu d'Hippocrate
N'avait qu'un
but : sauver le moribond.
J'en fis soudain
un fougueux démocrate
Hypnotisé
par le Palais-Bourbon.
Sans doute
il eût fait longtemps antichambre ;
Mais mon burnous
lui fut un talisman.
Sous ce burnous
je pénètre à la Chambre...
Dans un Grenier,
qu'on est bien musulman !
Interrompant
le train-train monocorde,
Matin et soir,
par toutes les saisons,
On le verra.
Place de la Concorde,
Fort peu vêtu,
faire ses oraisons.
Mais, quand,
bravant la moindre follicule,
Il parlera
de paix, d'amour..., d’aman,
Ce ne sera
pas du tout ridicule !...
Dans un Grenier,
qu'on est bien musulman !
(Le Gaulois, 2 janvier 1897)
Aristide Bruant, fidèle à sa manière, fait parler un titi
:
MARABOUTISME
Oui,
mon vieux, c'est un musulman
Qui vient
d'rappliquer à la Chambre.
On l'a
nommé dans l'mois d'décembre
Pour nous
l'envoyer l'jour de l'an ;
l'parait qu'c'est
un fanatique...
Un marabout
du Sahara...
Pourvu qu'i
n'ay' pas l'choléra...
Manqu'rait
pus qu'ça dans la boutique !
I's'appelle
l'docteur Grenier.
Vrai... c'est
pas pour jeter d'la bèche,
Mais faut
tout d’mêm’ qu'is s'oy'en dèche
Les électeurs
de Pontarlier.
T'avoueras
qu'c'est pas ordinaire
De choisir
un prophèt' de Dieu
Pour représenter
un chef-lieu
Et remplacer
D. Ordinaire !...
Un Mosieu
qui voudrait, chez nous,
Implanter
les mœurs africaines...
Qui s'lav'
les pieds dans nos fontaines
Et qui couche
avec un burnous...
Un client
du perruquier Dache
Qui viendra,
les jours de gala,
Gueuler sur
nos boul'vards : « Allah ! »...
Bono... Besef !... « Ah ! non... macache
! »...
Aussi,
vois-tu, mon vieux Justin,
Si c'est qu'ils
ont fait ça pour rire,
l'a ont
eu tort, et faut
leur dire !
On n'blagu'
pas avec le scrutin,
Car si, grâce
au Maraboutisme,
On nomme encore
un Arbico,
Ça s'ra pus
kif-kif bourrico,
Ça deviendra
du Maboulisme.
(L'Echo
de Paris, 11 janvier 1897)
D'autres encombrent les colonnes de journaux de « bouts rimés
» alors à la mode, où l'on chercherait vainement trace du
moindre
Robert Bichet dira : En ce temps-là il existait
une censure, même pour les chansons. Cette censure était,
il est vrai, très indulgente. Elle ne s’exerçait que pour
la protection des mœurs, contre la chanson pornographique ;
quand il s’agissait de chansons satiriques concernant des
hommes ou des évènements politiques, elle ne sévissait que
lorsqu’un pays voisin était gravement mis en cause ou quand
il était porté atteinte à l’honneur d’un homme.
C’est ainsi que fut censuré, le dernier couplet
d’une chanson intitulée :
Le bain de pieds.
Cette censure fut évoquée à la séance de la Chambre
des députés du 2 décembre 1897 par M. Goussot qui protesta
en ces termes :
« M.
Goussot…Une autre encore (chanson) vise un de nos collègues,
elle est intitulée Le bain de pieds (rires). Je crois
bien que c’est notre honorable collègue M. Grenier qui est
touché par cette chanson (vive hilarité).
« L’allure en est tout à fait anodine. Elle
ne renferme absolument rien de méchant contre M. Grenier.
Je n’en citerai pour preuve que le dernier couplet qui a été
interdit :
Quand il a fini, comme i s’fout de la Prusse,
Afin d’la défier,
Ostensiblement, dans des chaussett’ russes
Il rhabill’ ses pieds
Et puis il s’en va, fier et solitaire,
En bon député
Toucher, noblement, le juste salaire
D’sa publicité.
(nouveaux rires)
« M. Grenier
a-t-il pu s’émouvoir de ce couplet ? Je ne le crois pas.
Il ne signifie pas grand’chose et je crois qu’on aurait pu
le laisser chanter. »
J’ignore pourquoi la censure a interdit ce couplet
qui n’est pas un monument d’esprit.
Est-ce à cause de la Prusse ? des « chausett’russes » ?
ou du « juste salaire d’sa publicité » trouvé outrageant
pour le docteur Grenier ?
Quoi qu’il en soit ce couplet n’a jamais été
chanté. (Op. cit.).
Remarque.
Se laver les pieds est une
chose qui étonne (étonnera) toujours l’homme européen, biblique.
Ceci jusqu’à nos jours. Mettre les pieds dans un lavabo pour
se les laver, soit faire son ablution ; en offusque plus
d’un. Il est vrai que chez les gens de l’Evangile, il n’existe
ni ablution après être allé aux lieux d’aisance, ni bain,
douche, après un « rêve mouillé », simple jouissance,
érection ou des rapports entre époux (légaux). D’où cet étonnement !
La popularité du docteur Grenier.
Robert Fernier d’écrire : Cependant, le nouveau
député avait retenu une chambre à l'Hôtel des Etats-Unis,
135, boulevard du Montparnasse. Admirons-en le propriétaire
! La maison est prise aussitôt d'assaut par les journalistes.
Le bon docteur confesse à l'envoyé du Figaro :
« ...Je
suis, voyez-vous, harcelé
par les visiteurs. Je ne sais plus où donner de la
tête. Tous les matins, c'est ici une vraie procession. Des
jeunes gens viennent se proposer pour me servir de secrétaires.
Des vieilles dames veulent m'intéresser à leurs bonnes œuvres.
Des amis tiennent à me complimenter. Je reçois aussi une quantité
de musulmans français... Des fleurs m'ont été apportées hier
par une délégation des dames de la Halle. »
Marc Réville, qui fut, lui
aussi, député du Doubs, mande au Petit Comtois
de Besançon :
« Le
Parisien a toujours besoin d'avoir son fait du jour. Aujourd'hui,
le sujet de cette préoccupation est l'honorable Monsieur Grenier,
député musulman de Pontarlier. Entrez dans un salon, dans
un cercle, dans un milieu quelconque, on ne vous parlera guère
des grands événements de la politique internationale, on viendra
parler du nouveau prophète de Pontarlier. Et quand vos auditeurs
apprennent qu'on a quelques attaches avec la Franche-Comté,
du coup vous devenez un personnage intéressant,
et les questions se multiplient.»
Ce qui surprend le peuple
parisien qui, le plus souvent, ne s'étonne de rien, c'est,
au moins autant que sa conversion à l'Islamisme, le costume
du Docteur.
Gavroche, qui ne se retournerait pas derrière une vieille
coquette coiffée d'un pot à fleurs, ni même sur un nègre en
habit et ganté de beurre frais, ne comprend pus que l'on choque
le conformisme A ce point de porter burnous et turban. Ah
! si le nouvel élu de Pontarlier avait l'idée de faire son
entrée à la Chambre en marchant sur ses mains, ce serait autre
chose :
« Le
burnous est-il un vêtement ou un déguisement
? se demande gravement le
correspondant du Progrès de Châteauroux. Il (le Dr
Grenier) entend siéger au Palais Bourbon dans sa tenue de
marchand de nougat... Une assemblée législative ne doit pas
évoquer la vision d'une sortie des 4 Z'arts. Si le député
de Pontarlier était raisonnable, il déposerait son burnous
au vestiaire. Sauf à le reprendre les soirs de bal masqué...
Sous la défroque carnavalesque dont s'affuble le député de
Pontarlier, on doit voir un farceur dangereux contre lequel
il est bon de prendre des précautions. »
(31 décembre 1897).
Un rédacteur du
Journal est même allé interviewer le grave M. Pierre,
secrétaire général de la Chambre, sur la question de savoir
si le député Grenier serait prié de laisser son burnous au
vestiaire :
—
« Mais il n'a jamais été question de cela ; jamais le
bureau ne s'est réuni à ce sujet, et il n'avait, du reste,
pas à le faire, le règlement étant muet à cet égard.», se
récria ce brave fonctionnaire. « Nous accepterons
M. Grenier tel quel », ajoute-t-il, « quoique je ne vous
cache pas que si, écoutant quelques amis, il voulait bien
renoncer à son turban et à son burnous, nous en serions enchantés.
»
La France coulait, en ces temps anciens, des jours heureux,
pour qu'une simple question de costume la passionnât a ce
point.
Car, n'en doutons pas, tous les Français, et non pas rien
que les journalistes, se posaient cette interrogation :
« Comment,
dans quelle tenue siégera-t-il ? »
Mais la date fatidique (du 12 janvier 1897, qui est celle
de la rentrée des Chambres, approche. La voici. Le public
se presse dans les tribunes du Palais-Bourbon. Les députés
sont au complet. Le docteur Grenier, classé au troisième rang
sur la liste des plus jeunes membres de la Chambre, est appelé
à siéger au Bureau, conformément à l'article premier du Règlement.
Le Figaro donne un compte-rendu de la séance :
« Celle-ci
n'a pas manqué d'intérêt. C'est le Musulman qui en a été le
clou.
On était venu pour le voir, on l'a vu, on l'a vu longtemps,
et pour ne pas faire attendre son monde, il a manifesté tout
de suite. Les journalistes parlementaires ont eu, dans la
Salle des Pas-Perdus, la primeur de ses salamalecs.
« ...II
était en grand costume blanc, tout battant neuf, avec le burnous
et le serre-tête. Il ressemble, d'ailleurs, à un vrai arabe,
nez busqué, œil extatique et grosses lèvres... Il a pris part
aux divers scrutins et, chaque fois qu'il a gravi les degrés
de la tribune pour déposer son bulletin dans l'urne, il a
renouvelé ses dévotions préliminaires, c'est-à-dire qu'il
s'est agenouillé, comme pour donner une consécration religieuse
à l'acte parlementaire qu'il accomplissait.
« ...on
n'a guère parlé que de lui pendant toute la séance. La curiosité
dont il était l'objet ne semblait point l'importuner. »
La vieille Gazelle de France, elle-même, emboîte le
pas :
« Le député de Pontarlier a fait son entrée théâtrale
à la Chambre. Avant de monter les trois marches de pierre
de l'entrée, il s'est baissé et a déposé sur chacune d'elles
le baiser sacré.
« Un huissier
l'a conduit à sa place. Dans l'hémicycle : même cérémonie.
Il a baisé chacun des gradins qu'il devait franchir.
« La salle
entière était debout.
« On
commentait vivement cette démonstration, et l'on se disait
que si un Evêque s'était seulement permis de bénir le lieu
où il devait siéger, on eût crié au scandale et on eût expulsé
manu militari le prêtre.
« Soyez
musulmans et vos processions seront libres, ô Français
qui composez l'immense majorité du Peuple ! »
Voici mieux encore. C'est L'Intransigeant qui nous
l'offre, malgré l'article de Rochefort du 24 décembre 1896
:
« Les
honneurs de la journée appartiennent incontestablement au
député mahométan qui a fait florès
à la Chambre. Une séance consacrée à l'élection du bureau
n'attire jamais grand monde ; mais, hier, on se disputait
les places, et le guignol parlementaire était assailli de
curieux venus pour assister aux salamalecs
rituels du disciple de Mahomet.
« Nous
pouvons dire que les assistants en ont eu pour leur argent
: ce qui est une façon de parler, puisque l'entrée du Palais-Bourbon
est gratuite comme toute maison publique.
« En arrivant claudo
pede, le disciple de Mahomet commence par donner un coup
de langue aux marches du perron de l'entrée des députés, côté
droit. Puis, en passant sous chaque porte, il envoie un baiser
au Dieu des Croyants.
« ...Aussitôt
entré dans la salle des séances, M. Grenier se met à genoux
et lèche un peu le tapis de l'hémicycle.
« A 2
h. 40, il embrasse les marches de la Tribune ; vers 4 h. il
se tourne vers l'est — représenté ici par la droite de la
Chambre — et fait ses dévotions du côté de la Mecque.
« Ces
petites cérémonies continuent pendant les divers scrutins
: tous les tapis ont les honneurs du baiser oriental.
« A 4
h. 20, le député mahométan quitte la salle des séances, traverse
le Salon de la Paix, où il est l'objet de la curiosité des
Infidèles, salue encore une fois la porte de la rotonde —
la Sublime Porte — et embrasse de tout son cœur, comme une
vieille connaissance retrouvée, l'escalier du perron. »
Après le burnous
et les manifestations de sa foi, les ablutions. Les Parisiens
n'en reviennent pas.
« ...Au
coin de la rue de Bourgogne, il a fait une nouvelle prière.
A ce moment, le député-musulman était entouré d'une centaine
de personnes qui l'ont salué respectueusement.
« Telle
fut la première journée de « l'Envoyé de Mahomet.»
(Le Radical, 14 janvier 1897)
« Le
Dr Grenier prend le boulevard St-Germain et se dispose à regagner
son domicile à pied. C'est là que le rejoint un de
nos confrères du Matin à qui nous empruntons ses impressions.
— Vous partez avant
la fin de la séance, monsieur le député ?
— Oui, j'ai des
prières à dire.
— Alors, tous les
jours, vous quitterez la Chambre à 4 heures et demie ?
— Je suis plus tranquille
chez moi pour prier. Cependant je verrai si dans l'avenir
il m'est possible d'accomplir à la Chambre même tous mes devoirs
religieux. A ce propos, on croit que lorsque je me prosterne.
Je baise le sol. Mais pas du
tout ! Je n'embrasse point le sol ; je me prosterne
et c'est assez.
Et quelles impressions emportez-vous
ne cette première séance ?
Des impressions excellentes.
Mes collègues ont été fort aimables et bienveillants.
Mais n'ont-ils pas souri
de votre costume et de vos génuflexions ?
— Cela n'a
pas d'importance, et, d'ailleurs, cela passera. »
(La Gazelle
de France, 14 janvier 1897). (à
suivre)
philoso-politique : mot de substitution
pour éviter de prononcer le mot : Dieu. Pour reconnaître
Sa science et Sa toute-puissance et volonté.
L’Islam une secte ?
importante constatation.
et berbère. L’Algérie étant un pays berbèro-arabe. Berbère
d'origine, puis l'ouverture à l'Islam a amené, et selon
une politique de l'époque de certains Califes, certaines
gens de tribus arabes de l'Arabie, de la province de Châm.
De même, le "retour" précipité de nombreuses personnes
d'Espagne (d'origine arabe), la "piraterie d'Alger"
a drainée également de nombreuses personnes d'Europe du
Sud, d'esclaves en tout genre.
Personne qui fait un étalage intempestif d’un savoir mal
assimilé.
Homme simple, de qualité, éclairé.
Robert Bichet de remarquer : En parlant de « Kabyle »
et de « fils de l’Orient » à coup sûr, le journaliste
en « rajoute ». En réalité Philippe Grenier est
un Comtois, qui a le type comtois, le geste lent et le parler
lourd de Franche-Comté, et qui sait persuader et séduire.
C’est que souligne un rédacteur du Temps :
« Le docteur Grenier a l’abord
des plus sympathiques. Sa voix un peu lourde, le geste qui
est lent, les yeux chauds et francs semblent caresser l’interlocuteur
pour le persuader et le séduire… » (Op. cit.)
islamique.
soit un homme de qualités.
en raison de son habit.
dialectal d’Afrique du Nord : beaucoup.
Idem. Négation : il n’y a pas.
de : arabe + bico. Un bico : mot vulgaire
pour désigner, en général, l’homme algérien arabe. Mot employé
courament après l'Indépendance.
(de l’arabe : mahboul). Pop.
fou. Soit : Ça deviendrait de la Folie !
Ce débat était consacré à la censure qui existait alors,
et qui avait, entre autre, on l’a vu, interdit un couplet
dans une chanson intitulée Le bain de pied visant
le docteur Grenier. Ce débat s’était instauré à l’initiative
d’un Franc-Comtois, Charles Couyba, député de la Haute-Saône,
qui, à l’occasion de l’examen du budget avait présenté un
amendement tendant à la suppression de la censure… »
(Op. cit). L’amendement Couyba mis aux voix
sera, en fait, rejeté.
D. Benthami, alors étudiant algérien à Paris a été pris
comme secrétaire par le nouveau député (précision fournie
par Z. Bentabed, président de "Connaître l'Islam").
N’est-ce pas un problème d’actualité à notre époque ?
Notamment avec le voile ? Il y a plus de cent ans,
le vêtement d’un homme passionnait les foules bibliques
(croyantes & incroyantes). Ne se demande-t-on pas, pour
certains, ce qui se cache derrière le voile ?
A notre époque, avec la loi de 1905, et des nouvelles lois
en vigueur, que dirait-on de lui ?
même remarque, de notre temps, avec le voile. Et comme à
l’époque, n’est-ce pas le Partissisme des droites qui ouvrira
le ballet, sous la demande express des gens du monde toranique
en France ? Le monde toranique ne pouvant supporter
Et accepter la Religion divine : l’Islam, et son établissement
en Terre d’Europe. Garde sacrée ? nous dit-on, du monde
toranique ! Du monde biblique.
entendre : la vedette. On allait faire honneur, à travers
son habit, à sa religion.
Paix sur vous !
quel honneur !
de confession biblique.
Loc. verbale. Litt. briller dans le monde, être à
la mode.
Entendre : salamou alaikoum : sur
vous la Paix !
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