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Etudes

Le Messie et sa nature. Le dogme évangélique.

Selon les Textes bibliques.

Entre déité et humanité.

selon les Ecritures bibliques


Au nom de DIEU, Hachem, Allaha,
Le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux !

Louange à Allah, Seigneur des mondes, Prière et Paix sur Ses messagers et Ses prophètes, et sur tous ceux qui suivent Sa guidée ! 

P


oint de divinité[1] excepté Allah[2] le Très Haut. Que les meilleures salutations[3] soient sur les prophètes et messagers divins dont le Sceau de la Prophétie[4]

     Dans l’étude du monde de l’Évangile et de ses origines, nous pouvons considérer qu’il est traversé par plusieurs courants :

   1°) Le courant traditionnel, groupant à l’origine les Douze et leurs suivants, croyant en un fils de Marie, Messie de Dieu, humain, homme-prophète, Sceau des Prophètes d’Israël, messager divin auprès des Fils d’Israël.
   Ce courant est défendu actuellement et uniquement par le monde Soumis, l’Islam traditionnel.
   2°) Le courant de la filiation divine du Messie, groupant des fidèles des diverses sectes et églises du monde évangélique, croyant en un fils de Marie “fils de la Divinité Suprême”, mort, ressuscité, puis monté au ciel ;
   3°) Le courant du Tri Théisme (ou de la Trinité), groupant les fidèles des Églises orthodoxes, catholiques, etc. Ce courant a toujours été combattu, au sein du Christianisme, par les partisans dit de l’Unitarisme.
   4°) Le courant naturaliste, groupant les partisans d’un fils de Marie on ne peut plus humain, et soit chef d’un mouvement politique anti-romain (les Zélotes), soit simple mystique de type essénien. Ce courant semble avoir trouvé un certain écho dans les milieux intellectuels, certains chercheurs et historiens, des sciences occultes, la Franc-Maçonnerie, etc.;
   5°) Le courant sophiste, très paulien également, groupant les monophysites d’Eutychès notamment. Selon Taine : “La Grèce est la mère des ergoteurs, des rhéteurs et des sophistes.”
   6°) Le courant mythiste, groupant les partisans d’un fils de Marie totalement imaginaire, dont la légende s’est élaborée peu à peu, par le mélange de traditions appartenant à des gnoses diverses, et par la fusion d’éléments historiques appartenant à plusieurs personnages du nom de Ichoua (Jésus), etc.
   Ce courant semble avoir trouvé un certain écho très favorable, de tout temps et à toute époque, chez bon nombre de gens de l’Athéisme, de la Mécréance, du Théisme, des partisans du culte de la Raison et de la Philosophie du monde biblique. Soit, des adversaires de la Religion de Dieu et de Son Messie (sur lui la Paix !).
   7°) Le courant négationniste, groupant les partisans d’un fils de Marie non envoyé comme messager divin aux Fils d’Israël. Ce courant se retrouve au sein des gens de la Thora[5]. Ou considéré comme Faux-Messie. Ex.: Druzisme[6], certaines sectes anciennes. Ex.: le Mandéanisme (les Mandéens).  

   Dans "Jésus, anatomie d'un mythe", Patrick Boistier d'écrire : Dans l'espace de temps qui va de la chute de Jérusalem (70) aux environs de l'an 140, le Messie a reçu sucessivement trois filiations divines différentes :
   1)      Une filiation métaphorique[7], relevant de la mentalité juive ;
   2)      Une seconde filiation, physique, issue de la mentalité païenne[8] ;
   3)      Une troisième filiation, méthaphysique, produite par la mentalité philosophie gréco-romaine[9]. (Op. cit.) 

   Nous dirons : quand le monde de l'Evangile s'est imposé comme dogme, la filiation divine pour le Messie, il leur a bien fallut asseoir ce dernier sur des bases, plus ou moins solides, pour le présenter ensuite à leurs coreligionnaires. A l'époque le monde latin et grec était à leur portée. Les philosophies et les philosophes ne manquaient pas. Le problème de la nature humaine et / ou divine du Messie, une fois considéré comme fils de Dieu, allait toutefois soulever de sérieuses controverses que les Dignitaires religieux ont placées sous le terme de "christologie". 

O gens du Livre (de la Bible), n'exagérez pas dans votre religion, et ne dites de Dieu que la vérité (Coran IV 171)

   Au début, et comme l'écrit si bien Lambros Couloubaritsis, "par exemple avec Ignace, on se contente de parler de "porteur de chair" (sarkaphoros) et Tertullien[10] parle encore de "revêtement" (carne est industus). Nous ne sommes pas loin du gnosticisme. Avec Irénée, apparaît la thèse d'un mélange (krasis) de deux natures, la chair et l'esprit. L'origine stoïcienne du terme indiquerait que l'union est absolue, sans que chaque nature perde ses propriétés[11]. Nous atteignons ici d'emblée la thèse orthodoxe qui dominera au fils des temps. Origène, Cyprien et Lactance vont dans le même sens, puisqu'il évite d'évaluer ce mélange. Il n'empêche qu'Origène se sent obligé, en vertu de son interprétation néoplatonicienne, de subordonner la nature humaine à la nature divine, inaugurant imperceptiblement l'hérésie la plus puissante, celle d'Arius. En tout cas, il est certain que le christianisme du 2e siècle reconnaît les natures du Christ, et d'ailleurs le baptême est conféré au "nom" du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
   Pourtant la crise ne pouvait être évitée, ne serait-ce parce qu'aux origines, dans les sectes judéo-chrétiennes, le Christ était souvent compris comme un ange[12] ou un archange, c'est-à-dire, non pas comme Fils de Dieu, mais comme son messager. Son apparence humaine prêtait ainsi à plusieurs interprétations possibles, y compris celle qui défend sa pure humanité. C'est ainsi qu'au 2e siècle, Théodote soutient que Jésus, fils d'une femme mortelle (Marie), ne pouvait être qu'un homme en qui était descendu le Saint Esprit lors du baptême, le transfigurant en Christ[13]. Dans le même sens, au 3e siècle, Paul de Samosate distingue, d'une part, le Père et le Saint Esprit (qu'il rapproche du Père comme sa vertu exclusive), et, d'autre part, le Fils. Celui-ci est pénétré du Saint Esprit et, grâce à cet acte, est "adopté" par le père, devenant ainsi divin. Cette doctrine est qualifiée d'adoptianisme, et met en route un ensemble de réflexions qui assurent au Père une primauté irréductible. Les courants qui vont pousser le christianisme vers cette direction sont l'arianisme et le nestorianisme. Mais cette tendance n'est pas la seule à se répandre au cours des deux premiers siècles, puisque les solutions opposées font également leur apparition. Au 2e siècle, sous l'influence du gnosticisme, fait son apparition le modalisme[14] de Noët et Praxeas (combattu par Tertullien en Afrique du Nord et par Hyppolyte à Rome, et condamné en 217). Ceux-ci soutiennent que le Fils et le Saint Esprit sont des abstractions ou modes du Père qui descend lui-même dans la Vierge Marie. Cela signifie que Jésus est bien Dieu au sens de mode du Père. Ce courant christologique, qui accentue la divinité du Christ, aura également une destinée dans la suite, notamment avec le monophysisme et le monothélisme[15]. Mais déjà au 3e siècle, Sabélius soutient, dans le sillage des modalistes, que si Dieu est "un", il faut que le Fils et le Saint Esprit ne soient que ses modes, sans quoi on fonde un trithéisme.
   Cependant, c'est surtout à partir du 4e siècle que débutent les grandes crises trinitaires, au moment où le christianisme est reconnu officiellement par Constantin. En effet, en 323, Arius, fort connu à Alexandrie par la publication d'un texte corrigé de la Bible de la LXX, provoque la crise en accusant le patriarche d'Alexandrie, Alexandre, de Sabellianisme. En soutenant l'unité absolue de la Trinité, Alexandre laisserait incompris l' "engendrement" du Fils qui ne peut signifier qu'une subordination. Seul le Père peut prétendre posséder une primauté absolue et une nature inaccessible ; tout ce qui provient de Lui, y compris son Fils, ne saurait être, en tant que produit de sa volonté, qu'inférieur, le rôle du Christ dans la création étant celui d'une médiation. Aussi qualifie-t-on la position d'Arius[16] de subordinationisme. En fait, la position d'Arius n'est pas arbitraire : elle se fonde sur les Evangiles qui manifestement présente le Christ tantôt comme subordonné au Père et tantôt selon sa finitude humaine (par exemple, Marc 10, 18 ; 13, 32 ; Matthieu 26, 39 ; Luc 2, 52 ; Jean 5, 19 ; 11, 33 ; 14, 28 ; 17, 1-3). L'intérêt de cette position tient dans le fait qu'Arius se réfère aux quatre Évangiles, alors que les tenants de l'orthodoxie s'appuient surtout sur Jean 10, 30-38 où il est question d'une identité entre Père et Fils. Or, cet Évangile, on le sait aujourd'hui, est tardif et postérieur aux textes de Saint Paul. A cette perspective d'ordre philologique il faut ajouter une autre, d'ordre philosophique. En effet, Arius appartient au milieu Alexandrin où la philosophie dominante est le néoplatonisme. Or, pour un néoplatonicien, tout engendrement immatériel, comme l'est celui des intelligibles, ne saurait impliquer une identité (qui est le propre de l'engendrement matériel), mais une subordination. Tout en expliquant l'attitude d'un autre Alexandrin, Origène, cette thèse explique l'intransigeance philosophique d'Arius. Face au conflit qui éclate, l'empereur Constantin a tenté plusieurs rencontres. Après l'échec de toutes les tentatives, il convoqua le Concile de Nicée (325) où Arius est accusé d'essayer, à l'instar de Paul de Samosate[17], d'humaniser le Christ. Son adversaire le plus redoutable, au Concile, fut Athénase[18] (295-373), qui réussit à imposer la doctrine de la consubstantialité[19] des deux natures, la nature divine et la nature humaine, dans le Christ. Cela n'a pas empêché certains évêques, comme Eusèbe de Nicomèdie, de tenter une conciliation, en proposant d'ajouter un iota entre les deux termes du mot composé "homoousios" (consubstantiel ou égal à) pour signifier "homoioousios" (semblable à) ; mais Athanase, fort de l'appui des évêques et du pouvoir politique, qui se rangea du côté de la majorité, rejeta la proposition. Arius et ses fidèles seront exilés ou persécutés. Au point qu'Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée se sont insurgés contre cette politique injuste. Cette attitude du pouvoir, qui intervient dans les affaires de l'Eglise, ne manquera pas de troubler l'histoire du christianisme oriental, dominé par une forme de césaropapisme.
   (…) En luttant contre l'Arianisme, Apollinaire de Laodicée, fait un pas vers une primauté de la nature divine du Christ, en soutenant que l'Absolu ne pouvait subir un sacrifice "précaire" (trepton). En tant que Logos, dit-il, le Christ comporte une nature divine. En poussant l'interprétation christologique dans un sens opposé à l'arianisme. Apollinaire succombe à une nouvelle hérésie, celle qui conduira au monophysisme d'Euthychès. C'est pourquoi il est condamné, non seulement par Athanase, mais également par les grands théologiens de l'époque, comme Grégoire de Nysse, Epiphane et Diodore de Tarse. Or, Diodore de Tarse, qui appartient à l'Ecole d'Antioche, entraîné en quelque sorte par sa critique, n'évite pas à son tour l'hérésie. D'autant plus qu'il se met à critiquer à la fois Apollinaire et Arius. Il accorde ainsi au Christ une humanité indépendante de sa divinité, et le lie à la liberté qui met en question le péché originel. Le problème est d'autant plus important qu'il suit une certaine logique, celle de la liberté de l'homme comme fondement de sa responsabilité, et qu'on retrouve par la suite chez Pélage (360-422), auquel s'opposera saint Augustin. Mais alors que chez Pélage ce problème est affirmé comme une prémisse de l'analyse, chez Diodore il apparaît comme la conséquence d'une autre prémisse, celle qui affirme l'indépendance absolue entre les deux natures dans le Christ, dont l'unité n'est plus considérée que d'une façon apparente. Autrement dit, le "mélange" (
krasis) n'est plus qu'un simulacre. En fait, cette position est le résultat du caractère imprécis de la formule de Nicée, qui insiste davantage sur les deux natures que sur le type d'unité entre elles. C'est pourquoi, dans la suite, l'orthodoxie commence à s'interroger sur un élément nouveau : le Christ possède non seulement deux natures liées entre elles de façon consubstantielle, mais consiste aussi une seule personne (mia hypostasis). Le diphysisme[20] de Diodore ignorait cette unité possible. Le paradoxe est que cet homme qui parvient à lutter contre deux penseurs redoutables (Arius et Apollinaire) et même réussit, avec d'autres, à faire condamner Apollinaire au Concile de Constantinople (381), est lui-même condamné en 388. Notons ici que ce Concile a également porté ses coups contre d'autres hérésies montantes, comme celles des pneumatomaques, qui refusent la consubstantialité au Saint Esprit. Quoi qu'il en soit, il est certain que le diphysisme de Diodore est plus redoutable encore que l'arianisme, dans la mesure où il sous-tend une autre question : le statut de la Vierge Marie.
   En effet, si l'on pousse l'indépendance des deux natures dans toutes ses conséquences, il apparaît que la naissance du Christ ne pouvait être qu'une naissance humaine ; ce qui veut dire que sa mère ne saurait être que génératrice d'un homme (christotokos) et non d'un Dieu (theotokos), comme le soutient la thèse orthodoxe. Cette constatation est celle d'Anastase, formé à l'Ecole d'Antioche et secrétaire de Nestorius, patriarche de Constantinople, en 428. Anastase refuse la divinité de Marie lors d'un Sermon, et Nestorius prend le relais en soutenant que Marie engendre un homme qui n'est pas Dieu (car Dieu ne peut mourir), mais le devient (et non pas est adopté, comme le dirait un adoptianisme) lors de sa résurrection. En fait, c'est en combattant à la fois Arius, Apollinaire et Diodore de Tarse que Nestorius parvient à ces conclusions. Dans une lettre adressée au pape Célestin, il condamne en effet leurs confusions, parce qu'ils sont incapables de discerner la rupture provoquée par la résurrection, qui transforme la chair de Jésus en esprit divin. Il insiste sur le fait que l'Évangile ne parle pas d'un engendrement du Dieu-Logos, mais seulement du Christ, et que le Concile de Nicée ne parle pas d'une Mère de Dieu, mais seulement d'un engendrement par la Vierge Marie. Bien entendu, le pape ne pouvait suivre Nestorius. Cependant, la réaction est venue de l'École d'Alexandrie, où Cyrille d'Alexandrie (380-444) qui, on l'a vu, rédige également une critique contre Julien l'Apostat, entre 433-441 engage une lutte sans merci contre lui, en échangeant une suite de lettres. Les réponses de Nestorius aux critiques qu'il lui adresse, font voir que le conflit se résume en un seul point : tout en soutenant que le Christ possède deux natures et qu'elles sont unies en une personne (thèse orthodoxe), il précise néanmoins le sens de la divinité, car toute divinité considérée en soi ne saurait ni naître, ni souffrir. C'est pourquoi la naissance du Christ ne peut être liée à sa divinité, qui n'a de sens qu'à partir de la résurrection. En somme, le nestorianisme est un type particulier de diphysisme, qui n'admet pas l'union et la consubstantialité avant la divinisation du Christ par sa résurrection, ce qui entraîne logiquement le refus d'un culte de Marie comme Mère de Dieu.
   (…) Théodose II organise une rencontre en face de Constantinople, en Chalcédoine, où les deux partis s'opposent sans scrupules. Les cyrilliens s'entêtant avec d'autant plus de force qu'à Constantinople le patriarcat était de leur côté depuis la déposition de Nestorius, l'empereur dissout non seulement la réunion, mais également le Concile d'Éphèse I, et s'oppose à toute condamnation des antiochiens. L'unité de l'Église et de l'État l'emporta sur les oppositions stériles. Bien que Cyrille, triomphalement accueilli à Alexandrie, ne modifie pas son avis, les événements l'obligent à se réconcilier avec Jean d'Antioche : entre temps, en effet, une nouvelle dissidence se manifeste, à cause de la position extrême d'Eutychès (378-354), lequel, dans sa lutte contre le nestorianisme, prend une position inverse, inspirée de celle d'Apollinaire de Laodicée, en affirmant la divinité du Christ. Par-là il introduit l'hérésie la plus redoutable au point de vue politique, après l'arianisme, à savoir le monophysisme. En somme, la réconciliation de Cyrille et de Jean s'accomplit au détriment de leurs protégés : le premier s'écarte d'Euthychès et le second de Nestorius.
   Le monophysisme d'Eutychès se fonde sur l'idée de la divinité absolue du Christ. Tout se passe comme si la nature divine du Christ avait absorbé sa nature humaine[21], parce que si, comme le soutenait Cyrille, le Christ possède effectivement sa nature divine dès sa conception au sein de la Mère du Dieu, alors nécessairement il doit y avoir fusion physique du Fils-Logos avec la chair. Dès lors, parler d'une distinction entre Logos et Chair dans le Christ est contradictoire…
   … La mort d'Eutychès un peu plus tard calme les esprits, d'autant plus qu'en 457, à la mort de Marcien, l'arrivée sur le trône de Léon rééquilibre la situation. Cependant, comme à Alexandrie le nouveau patriarche, Timothée Elure, est monophysite et condamne les décisions de Chalcédoine, la cour durcit ses positions et l'exile. Or, en 476, c'est à Antioche même, centre nestorien, que les monophysites parviennent à placer un des leurs : Pierre le Foulon. Devant l'impasse qui s'installe, le nouveau empereur, Zénon (474-491), demande au patriarche de Constantinople, Acre (472-488), de rédiger un texte doctrinal de conciliation : c'est le célèbre Hénotikon (482) en faveur de l' "union" des chrétiens.
   Accueilli favorablement à Antioche, ce texte est critiqué à Rome par le pape Félix III (483-492), parce qu'il néglige la Lettre à Flavien de Léon I. Alexandrie est moins radicale, mais les monophysites tergiversent, dans la mesure où, parmi eux, se cachent des nationalistes opposés au pouvoir central. Dans ce contexte, le texte ne fait que radicaliser les positions, produisant même une rupture entre Rome et Constantinople de 484 à 528, alors que Justinien entreprend une politique d'unité des chrétiens. Cependant, à Constantinople, se produisit un phénomène décisif pour l'avenir : à la mort de Zénon, son épouse Ariane, orthodoxe fervente, se marie avec Anastase (491-518) qui sympathise avec les monophysites. Pour accéder au trône, Anastase jure fidélité à l'orthodoxie, rassurant les orthodoxes, mais paradoxalement aussi les monophysites qui supposent que cette attitude de l'empereur n'est dictée que par l'opportunisme, et donc qu'il n'a jamais vraiment renié ses convictions monophysites. C'est pourquoi la cour devient un lieu où personne n'est rejeté, comme si l'Hénotikon, pourtant refusé par tous, réussissait à produire un esprit de tolérance." 

   Le sauveur qu'on attendait plus. L'homme miracle. Qu'on en juge :

   "C'est manifestement à cette époque qu'apparaissent les textes attribués à Dionysios ou Denys l'Aréopagite, premier disciple de saint Paul à Athènes, lors de son passage à l'Aréopage, et qui visent clairement à réconcilier les chrétiens autour d'une idée simple : Dieu étant absolument transcendant, aucune affirmation à son égard, à l'exception de celles qui suivent la théologie négative, n'est absolument vraie. Concernant Dieu on peut, dit-il, tout affirmer mais on doit, dans le même mouvement, tout nier, car il est suressentiel, au-delà de toute réalité accessible. Par cette attitude, Denys parvient à neutraliser les conflits trinitaires, car il fait voir que sur ces questions il y a mystère, et qu'il faut se contenter des affirmations orthodoxes ou proches, sans creuser les problèmes par des spéculations qui ne peuvent conduire qu'à des erreurs La seule vérité, pour lui, est celle qui est inscrite dans les Ecrits saints, de sorte qu'entre la vérité et l'erreur il n'existe aucune moyenne qui constituerait un cheminement possible vers la vérité. Si la première affirmation, celle de la suressentialité de Dieu, élimine tout conflit interne au christianisme, ces dernières affirmations rejettent la philosophie hellénique et païenne, en niant tout dialogue, celui-ci étant inutile vis-à-vis de gens qui sont dans l'erreur. Cette double position sera concrétisée par Justinien (482-565 ; empereur à partir de 527) qui, succédant à son oncle Justin (518-527), lequel avait déjà confirmé les positions orthodoxes de Chalcédoine, dont il fut l'éminence grise pendant plusieurs années, promulgue des décrets contre les hérésies et contre les philosophes païens, au point de fermer leur Ecole en 529. Certes, les conflits christologiques ne sont pas définitivement éliminés, puisqu'on trouve encore la dissidence de Serge (610-638), qui défend une forme de monophysisme en parlant d'une volonté une (d'où l'appellation de monothélisme pour son hérésie), et surtout la lutte des icônes à partir du 8e siècle, dans laquelle les iconoclastes, qui s'opposent à la représentation des icônes, le font d'une façon proche des monophysites, en niant toute représentation du divin.

   Quant à Denys l'Aréopagite, il suscita des interrogations surtout à partir du 19e siècle, lorsque les théologiens protestants, confirmant les soupçons d'Abélard (11e siècle) et de Valla (16e siècle), démontrent qu'il plagie les textes du néoplatonisme hellénique tardif, et notamment ceux de Proclus, en transformant son polythéisme en un monothéisme absolu où la hiérarchie est reportée sur les anges. C'est dire que le système angélique, exposé par Denys, est un décalque simplifié de la hiérarchie divine développée par Syrianus et Proclus. On pourrait ajouter à ces contestations que même la conception dionysienne de Dieu, comme suressentiel et connu seulement sur le mode de l'inconnaissable, ressemble à la théologie aporétique de Damascius."

   Denys était-il le premier disciple de Paul, comme on l'a longtemps prétendu ? La réponse :
   "Bien qu'on ne parvienne pas à identifier le personnage, en dépit de plusieurs tentatives dans ce sens, on est de plus en plus d'accord pour reconnaître en lui un théologien du début du 6e siècle. Je crois, dit encore Lambros Couloubaritsis, pour ma part, que l'intention qui guide la parution de textes inspirés par le néoplatonisme tardif sous le nom du premier disciple de saint Paul, est de conférer à la théologie chrétienne, telle qu'elle est élaborée par les théologiens néoplatoniciens, une primauté historique par rapport au paganisme et au néoplatonisme hellénique. En plagiant les philosophes de son époque, tout en tentant de faire voir que c'est eux qui plagient le néoplatonisme chrétien, Pseudo-Denys pouvait utiliser les apports les plus essentiels du néoplatonisme tardif en faveur du christianisme, sans qu'on lui reproche d'emprunter l'essentiel de sa théologie à une pensée ennemie du christianisme. Ces différents emprunts sont :
   - La suressentialité de Dieu, qui rejette toute affirmation intempestive sur sa nature, autre que celle qui s'appuie sur les Ecrits saints. En lui-même Dieu ne peut être atteint que par le mode de l'inconnaissance, comme Pseudo-Denys l'indique dans son traité sur les Noms divins, où les noms (être, vie, intelligence, sagesse,…) qu'on attribue à Dieu comme origine de la création (Théarchie) qui joue le rôle des Hénades de Proclus, mais réunies en une seule est d'une certaine façon accessible, comme s'il résidait dans un "sanctuaire", et cependant sa présence se manifeste à tous les niveaux du réel selon un ordre hiérarchique, décrit, par Pseudo-Denys, dans la Hiérarchie céleste. Il y a ainsi connaissance de Dieu uniquement par ce qu'il crée, et jamais par ce qu'il est.
   - Multiples accès vers Dieu, formant, comme Proclus, quatre types de théologies : théologie[22] positive, théologie négative, théologie symbolique et théologie mystique. Mais alors que la théologie symbolique est la moins valorisée chez Proclus, parce qu'elle manifeste des mythes et des images, Pseudo-Denys lui confère une place centrale, ne serai-ce que parce que les Ecrits saints, même dans tout ce qu'ils manifestent de sensible et d'absurde, attestent la révélation. A l'opposé, bien que la théologie positive (et toute forme de démonstration) ne soit jamais acceptée sans prudence par Pseud-Denys, au point qu'il en fait état en renvoyant le lecteur à des écrits fictifs dont on possède aucune trace. Plocus insiste sur la valeur incontournable de la dialectique platonicienne.
   - Tout comme la théologie païenne est accompagnée d'une théurgie, grâce à laquelle est mis en œuvre un ensemble de symboles actifs, de même la théologie dionysienne est associée à une forme de théurgie, dans du rituel ecclésiastique, que l'on trouve dans sa Hiérarchie Ecclésiastique.
   - L'illumination, qui est au centre de tout néoplatonisme, apparaît aussi, chez Pseudo-Denys, au cœur de sa démarche ascensionnelle, tant dans l'ordre de la hiérarchie ecclésiastique que d'ans l'ordre de sa mystique, car le retour vers Dieu doit suivre la voie éclairée par son illumination.
   Cette récupération de la philosophie hellénique, au moment même où celle-ci est exclue officiellement par le pouvoir politique, marque un tournant décisif de l'histoire européenne : elle confirme le triomphe du christianisme, du moins jusqu'à la Renaissance. Le paradoxe est qu'elle a été accélérée par l'évolution aussi bien des controverses trinitaires, qui n'étaient plus admissibles, aux yeux du pouvoir politique byzantin, sans préjudice pour l'avenir de l'empire, que de la philosophie hellénique, qui, pour la première fois, avec Syrianus, Proclus et Damascius, parvenait à fonder philosophiquement le polythéisme[23]. Les textes de Pseudo-Denys, non seulement réussissent ce coup de force historique, mais, en plus, fondent, par une analyse subtile, la notion de hiérarchie même dont le sens retenu par l'auteur lui-même est celui d' "ordre sacré"". Que cette hiérarchie soit conçue à la fois dans l'ordre du réel et de l'Eglise ne fait que confirmer, à l'époque, la tendance du pouvoir et de l'Eglise ne fait que confirmer, à l'époque, la tendance du pouvoir byzantin à fonder une hiérarchie politique, profondément sacralisée. Sur ce point, les systèmes philosophiques païens ne pouvaient être que confortés dans leur idée que le polythéisme marque une supériorité face à un monothéisme qui, par surcroît, soutenait la thèse absurde d'une descente de Dieu parmi les hommes et qu'ils considéraient comme une forme d'athéisme, ni plus ni moins… (Lambros Couloubaritsis. Aux origines de la philosophie européenne. Edit. De Boeck-Wesmael s.a. 1994).

   Nous dirons : La "christologie", depuis sa naissance, a fait couler beaucoup d'encre parmi les gens de la Bible, et elle en fera couler encore beaucoup. On remarquera toutefois son évolution progressive de "porteur de chair" (sarkophoros) à "revêtement" (carne est indutus), pour arriver enfin à la thèse d'un mélange (krasis) de deux natures, la chair et l'esprit. L'origine stoïcienne du terme, arrivera à point, pour indiquer à tous que l'union est absolue, sans que chaque nature perde ses propriétés ! On notera, pendant de longs siècles, ces querelles interminables entre les Ecoles philosophiques, et où la philosophie dominante restera bien le néoplatonisme. Ainsi, selon certains, les gens du monophysisme, le Christ serait plutôt sophiste. Pour d'autres, les partisans du néoplatonisme, il serait plutôt théiste. Pour d'autres, les partisans du stoïcisme, il serait plutôt naturaliste, etc. Différents courants ont traversé la christologie, mais aucun n'a reconnu véritablement la création miraculeuse du Messie (sur lui la Paix !). A cela, il faudra ajouter le problème de Marie. Celle-ci, serait-elle génératrice d'un homme (christotokos) ou génératrice d'une divinité (theotokos) ? Et c'est alors qu'avec ce personnage surprenant qu'est Dionysios, les conflits trinitaires seront neutralisés ! Un nouveau dogme, dans la religion allait toutefois naître, celui du mystère ! Dans l'Antiquité, doctrine religieuse qui n’était révélée qu’aux seuls initiés. Pour donner naissance à des cérémonies du culte qui se rapportaient à ces doctrines. Ex.: Les mystères grecs d’Éleusis. Dans et pour cette nouvelle religion, on dira plutôt : dogme révélé du christianisme, inaccessible à la raison ! Ex.: Le mystère de la Trinité !!! Ce dogme ne vient pas, et contrairement à l'avis de leurs auteurs, de la Révélation, mais uniquement des hommes précités. D'ailleurs, le Seigneur des mondes n'a-t-il pas invité, à travers Sa Révélation, les auteurs et les partisans de la Trinité, du Tri Théisme à revenir à la raison, à implorer et demander pardon à leur Seigneur (Coran IV 171-172 ; V 74 et sv.).
   L'arrivée de l'Islam, par le Sud, allait complètement retourner la situation. Et c'est là que l'intervention du dénommé Dionysios prend tout son sens. Les gens de la Bible d'Europe, à travers Héraclius, allaient découvrir une religion toute nouvelle. Une religion qui allait remettre en question le statut de Marie et de son fils. Avec ce nouveau message à l'humanité, dont à l'Europe de l'époque, la pure humanité du fils de Marie et de sa mère allait faire sa réapparition et surtout être réactualisée, recentrée. Si les partisans du Tri Théisme voulaient toujours régner, au sein même des gens de l'Évangile, en maîtres absolus ; il fallait nécessairement qu'un compromis s'élabore rapidement pour éviter une disparition totale. D'autant que les succès de cette nouvelle religion, dans cette partie du monde, allait apparaître aux yeux de tous comme un véritable désastre, catastrophe. Tant sur le plan politique que sur le plan religieux. Sur le plan politique, les défaites militaires se multipliaient. Et très vite Châm, Jérusalem, l'ensemble de l'Afrique du Nord (de l'Égypte au Maroc) allait changer de mains. Si le plan religieux, le passage d'une grande partie de ces populations locales du Nazarénisme (Christianisme) à l'Islam, allait détruire des années et des années d'efforts pour rien. Il est vrai que deux choses essentielles allaient animer les futurs débats : l'essence divine et les attributs divins. Pour tout homme de l'Évangile, le Créateur est "substance", et un "attribut" divin comme la parole, un dieu ! Ce qu'aucun croyant soumis ne saurait admettre. (à suivre)

   Que le Seigneur des mondes nous guide tous dans ce qu'Il aime et agrée !


[1] Le Créateur des cieux et de la terre est donc la seule et véritable divinité qu’on adore et qu’on se doit d’adorer véritablement.
[2] En langue arabe, Allah. En hébreu, ïl. Nom divin, il est employé couramment pour les gens de l’Évangile de langue arabe. En français, le terme Dieu est compris généralement, non comme un Nom divin, mais plutôt comme signifiant l’Etre-Suprême, le Créateur et Maître de l’Univers.
[3] Formules d’eulogies comme : que Dieu prie sur lui, l’agrée, lui fasse miséricorde, etc., formules propres à  l’Islam traditionnel. Les exégètes interprètent la « prière » divine comme étant un octroi de Sa miséricorde et la « prière » angélique comme une demande de pardon pour les créatures.
[4] Soit : Ahmad-Mohammad, fils d’Ab Allah, (...) fils d’Ismaël, fils d’Abraham  (sur eux la Paix !). Pour l’Islam traditionnel, il est le Sceau de la Prophétie, le Sceau des prophètes et messagers divins.
[5] Selon Schalom Ben-Chorin : Il existe un dogme scientifique très répandu surtout parmi les Juifs éclairés, mais qui comptent également à l’heure actuelle de nombreux adeptes parmi les chrétiens. Il peut s’énoncer comme suit : Jésus était juif et l’est resté, alors que Paul a franchi la frontière qui sépare judaïsme et christianisme ; c’est donc Paul, et non Jésus, qui doit être considéré comme le véritable fondateur du christianisme…
   A coup sûr, Jésus est né juif ; il a vécu, enseigné et souffert, et il est mort en juif. Quiconque lit et comprend le Nouveau Testament ne peut avoir aucun doute à ce sujet…
   On peut noter de nos jours une tendance à réintégrer Jésus au sein du peuple juif qui fut le sien. Bien que cette tendance se limite encore à des milieux universitaires et littéraires relativement restreints, on sent nettement qu’il existe une volonté, parmi ceux qui représentent l’humanisme juif, de combler le gouffre qui a si longtemps séparé Jésus de son peuple… (Paul. Un regard juif sur l’Apôtre des Gentils. Edit. Desclée de Brouwer).
[6] Les Druzes disent se réclamer du beau-père de Moïse, le prophète (sur lui la Paix !) : Jéthro. Ils entretiennent de bons rapports avec les gens de la Thora. Ils vénèrent Jean (Yahya), le fils de Zacharie (sur eux la Paix !). Et très nombreux sont ceux qui viennent se recueillir sur sa tombe, à Damas, à l’intérieur de la Mosquée des Omeyyades. On les retrouve surtout en Châm : le Liban, la Syrie, Israël. Leur religion est une religion secrète. L’entrée de leurs Temples reste interdite aux étrangers de leur Culte. Comme l’Hindouisme, le Bouddhisme, ils défendent la réincarnation, la métempsycose. Ils n’ont rien de commun avec l’Islam traditionnel.
[7] Métaphore, parabole, etc., est plutôt le propre de la Révélation. Pour faciliter une meilleure compréhension auprès du lecteur. Le propre du monde de la Thora est plutôt l'anthropomorphisme, le corporalisme, le panthéisme. Tout cela se retrouve dans des ouvrages comme la cabbale, mishna, la philosophie, etc. Car le monde de la Thora reste très versé dans le culte au "Veau d'Or", dans une vision tronquée de leur Créateur, le Saint et Seigneur d'Israël. Le vocable "fils", en hébreu, avait au départ un sens métaphorique. Malheureusement, il finira par avoir un sens semblable aux créatures que nous sommes. Pour preuve : « Les âmes des Juifs sont des parties de Dieu, de la substance de Dieu, de même qu’un fils est de la substance de son père. » (Traité Sela 262a). « Aussi une âme juive est-elle plus chère, plus agréable à Dieu que toutes les âmes des autres peuples de la terre. » (Sela I.C et Sefa Fol4). «  Les âmes des autres peuples descendent du démon et ressemblent à celles des animaux. Le goy est une semence de bétail. » (Traité Jebammoth. Sefa et Sela id. Sepher Hannechamma. Fol 221. Col. 4. Jalqût. Fol 154b.). Paroles difficiles à accepter pour toute personne censée. Chez les gens de l'Evangile, seul le Messie devient fils de la divinité. Chez les gens de la Thora, toute personne est fils de la divinité !
[8] "Dans les fables des Grecs il est dit que Danaé, encore vierge, mit au monde Persée du fait du nommé Zeus qui avait coulé sur elle sous la forme d'une pluie d'or. Vous devriez rougir de raconter les mêmes choses qu'eux. Vous feriez bien mieux de dire que votre Jésus était un homme comme les autres hommes et de démontrer, si vous le pouvez, par les Écritures, qu'il est le Christ parce que sa conduite conforme à la loi [de Moïse] et parfaite lui a mérité cette dignité". (Dialogue avec Tryphon (67/2)).
   Justin de répondre : "Les démons, sachant par les prophètes que le Christ devait venir […], présentèrent plusieurs prétendus fils de Zeus, pensant qu'ils réussiraient à faire passer l'histoire du Christ pour une fable semblable aux inventions des poètes". (Apologie (54))
   La réplique de Justin est bien légère, sans fondement. Ce sont les gens du peuple d'Israël qui, les premiers, accusèrent Marie de fornication. Et c'est son fils, alors enfançon, qui par la volonté et la puissance divine leur répondra (Coran XIX 27-34). Expliquant ainsi à son auditoire qu'il n'est pas : 1°) fils bâtard, 2°) fils divin. Mais tout ceci, les gens de la Thora se garderont bien de le mentionner aux gens de l'Évangile, préférant les laisser dans leur égarement. La suite nous la connaissons.
[9] Marcion était un dualiste. Il était plus proche d'une secte du Magisme (ou Dualisme) : le Mithraïsme, que des milieux du Sabéisme (du Paganisme et leur philosophie). Une chose est sûre, c'est vers 100 environ et plus, soit après le passage de Paul ; que la religion du Messie allait évoluer vers le bas, pour finir dénaturée et tomber dans le péché mortel de l'Associationnisme de la Distinction… Tout cela par étapes et dans la douleur.
[10] Selon Patrick Boistier : Tertullien voulut maintenir la doctrine du Verbe. Mais, outre le dithéisme, il se heurtait à une autre difficulté découlant de la première : le Verbe n'était pas éternel ! Il n'a été engendré par Dieu qu'à la veille du jour de la création. Sur ce point, Justin, Tatien, Athénagore et Théophile d'Antioche sont formels. Tertullien aussi, comme le prouve son Contre Praxéas, 6 :
   "Quand Dieu voulut réaliser dans leur substance les êtres […], c'est alors qu'eut lieu la naissance complète du Verbe, à ce moment où il fut émis hors de Dieu […] il fut engendré pour servir à l'action".
   A cause de leur théologie du Verbe éternel distinct de Dieu, Clément et Origène furent dénigrés par l'Église de Rome qui adopta la théologie du Père incarné de Prexéas et de Victor. Que fit-on du Verbe ? On garda le mot et on élimina l'idée… (Op. cit. p 340).
[11] Ce vocable grec "mélange" allait égarer bon nombre de gens de l'Évangile.
[12] Comme chez les Témoins de Jéhovah.
[13] Selon Patrick Boistier : En 179, un certain Théodote, corroyeur à Byzance, voulut revenir à l'idée primitive que Jésus était un homme. Il ajouta que, né d'une façon miraculeuse, il était doté d'un pouvoir surhumain, mais qu'il n'était pas le Verbe incarné. Cette théorie condamnée vers 190 et devint une hérésie. Ceux qui l'acceptèrent furent dénommés "Aloges" (en grec, "privés du Verbe"). Épiphanie, par un mauvais jeu de mots, les dénonça comme des hommes privés de raison, le mot Logos signifiant à la fois Raison et la Parole.
   De cette époque date la teneur primitive du Synode des apôtres, que l'on trouve dans le premier article :
   "Je crois en Dieu le Père tout-puissant et en Jésus-Christ son fils unique, qui est né du Saint-esprit et de la Vierge Marie". (Op. cit. p 330).
[14] Selon Patrick Boistier : Pour Irénée, le Créateur du Ciel et de la Terre a pénétré lui-même dans le sein de Marie, et il s'y est organisé un corps. Ce corps, produit par le Créateur - qui, de par sa nature est invisible et impalpable - est le Créateur lui-même devenu visible et palpable. Plus exactement, il est le Fils de Dieu, sont fils de lui-même, procurant à son auteur une authentique paternité. Le Dieu créateur, immense et infini, n'était pas père avant de pénétrer dans le sein de Marie. Il est devenu père le jour où il a engendré un corps qui est son fils. Et ce fils est Jésus. Pour tout dire, le Fils est le Père incarné. C'est ce que les théologiens appellent le modalisme. (Op. cit. p 339.)
[15] Selon les gens de l'Évangile : Hérésie du VIIIe siècle selon laquelle il n'y aurait eu dans le Christ qu'une seule volonté, la volonté divine. (Elle fut condamnée en 681 par le troisième concile de Constantinople.)
[16] Selon Patrick Boistier : En Orient, les partisans du Verbe serviteur de Dieu se heurte en une querelle mineure qui donna l'occasion à l'empereur Constantin Ier de se rassembler le fameux concile de Nicée, en 325. Voici les faits.
   Un conflit éclata entre deux antagonistes : Alexandre, évêque d'Alexandrie, et l'un de ses curés nommé Arius. Tous deux professaient la même christologie, mais se chicanaient sur l'étendue des prérogatives du Verbe. Alexandre, comme la majorité des évêques d'Orient, acceptait l'innovation de Clément et d'Origène qui attribuaient l'éternité au Verbe ; Arius, soutenu par une petite minorité, la rejetait. Néanmoins, se trouvant convoqués devant l'Empereur, les Orientaux se présentèrent en un front uni pour défendre le Verbe distinct de Dieu. Ce fut entre les Orientaux et les Occidentaux que se déroula la grande bataille ; aussi est-ce inexact d'employer le terme d' "arianisme" pour désigner le conflit réglé au concile de Nicée ! Le désaccord entre Arius et Alexandre ne fut qu'un prétexte imaginé par Constantin pour imposer à l'Orient chrétien la christologie de la consubstantialité prônée par l'Occident. (Op. cit. p 343-4).
[17] Selon Patrick Boistier : En 268, Paul de Somosate (Asie mineure) fut accusé de rejeter la divinité du Christ. Il se disculpa en professant tenir Jésus pour le Verbe consubstantiel au Père ; mais le concile d'Antioche, composé se quatre-vingt-cinq évêques orientaux, condamne la notion de consubstantiel proclamée par Paul Samosate. Tel est le fait attesté par saint Hilaire (de synodis, 81 et 86) et par saint Basile (Lettre, 52/1). (Op. cit. p 342/3)
[18] Selon Patrick Boistier : Le Christ consubstantiel, c'est-à-dire le Père incarné de l'Occident, était inconciliable avec le Verbe serviteur de Dieu, cher à l'Orient. Pourtant, il se trouva quelqu'un qui trouva le moyen de concilier les inconciliables et d'amener les deux mythes à fusionner. Une pareille opération ne pouvait être qu'une jonglerie de mots. Le jongleur fut saint Athanase, évêque d'Alexandrie (358).
   …Evêque d'Alexandrie, Athénase était inébranlablement dévoué au concile de Nicée qui avait garanti à son siège l'hégémonie religieuse de l'Égypte. D'autre part, il avait la mentalité de l'Orient, et son Christ était le Verbe serviteur de Dieu, condamné dans le concile de Nicée. Autrement dit, ses intérêts l'attachaient à Nicée, ses convictions l'en éloignaient. Athanase résolut le problème à l'aide du verbalisme. Se comportant comme si chacun était libre de donner aux mots le sens qu'il lui plaît, il viola le terme 'consubstantiel' de son sens usuel et il lui en donna un autre. Rome et tout l'Occident entendaient par consubstantiel au Père un être possédant la substance du Père et, conséquent, identique au Père. C'est ce consubstantiel qui, à Nicée, avait été imposée par la force aux évêques ; c'est contre lui que, pendant près de trente ans, ces mêmes évêques avaient, plus tard, lutté. Athanase décida que les membres d'une même famille sont vraiment consubstantiels les uns aux autres, attendu qu'ils ont la même substance, la même nature générique. Avec ces prémisses, le Verbe, serviteur de Dieu, réunissait les conditions voulues pour être dit consubstantiel à Dieu le Père… (Op. cit. p 345-6).
[19] Dieu est essence, l'humain substance. Ne pas confondre. Ce dogme est rejeté par l'Islam traditionnel.
[20] Diphyque : oeuvre composée de deux parties qui s'opposent ou se mettent en valeur.
[21] C'est la logique même. Mais se posera ensuite le problème "corporel". Car comment donner à Dieu une hauteur, une largeur, une épaisseur, un volume qui occuperait une partie de l'espace ?
[22] Mot conventionnel appartenant exclusivement aux gens de l'Évangile. Le monde de la Soumission parlera, lui, plus de "Science du Monothéisme" ('ilmoul-tohîd).
[23] Forme de religion qui admet une pluralité de dieux. Les Arabes parlaient eux, avant la Révélation, d'Associationnisme. Le monde de l'Évangile de l'Associationnisme dit de la Distinction : Trois personnes distinctes. Notons au passage, que le Tri Théisme (ou Trinité) va former, engendrer une multitude de sectes et de sous-sectes. Ex.: 1. Justin (mort vers 165 de notre ère) a admis qu’avant de venir sur terre, Jésus était un ange, qu’il avait été créé, et qu’il était “différent du Dieu qui a fait toutes choses”. Il a dit que Jésus est inférieur à Dieu et qu’“il n’a jamais rien fait que ce que le Créateur (...) voulait qu’il dise et fasse”. 2. Quant à Irénée (mort vers 200 de notre ère) a dit qu’avant d’être un humain, Jésus menait une existence distincte de celle de Dieu et qu’il lui était inférieur. Il a montré que Jésus n’est pas égal au “seul vrai Dieu”, qui est “au-dessus de tous, et auprès de qui il n’y a point d’autre”. 3. Clément d’Alexandrie (mort vers 215 de notre ère) a parlé de Jésus avant son existence humaine comme d’“une créature”, alors que Dieu est “le seul vrai Dieu, incréé et impérissable”. Il a dit que le Fils vient “de suite après le Père, seul omnipotent”, mais qu’il ne lui est pas égal. 4. Tertullien (mort vers 230 de notre ère) a enseigné la suprématie de Dieu. Il déclara : “Le Père est différent du Fils (il est autre) en ce qu’il est plus grand ; en ce que celui qui engendre est différent de celui qui est engendré ; celui qui envoie, différent de celui qui est envoyé.” Il dit également : “Il fut un temps où le Fils n’était pas. (...) Avant toute chose, Dieu était seul.” 5. Hippolyte (mort vers 235 de notre ère) a dit que Dieu est “le Dieu unique, le premier et le Seul, Créateur et Seigneur de tout”, de qui “rien n’était contemporain [du même âge] (...). Mais il était Un et seul ; qui, parce qu’il le voulait, appela à l’existence ce qui auparavant n’était pas”, comme Jésus, qui fut créé avant de venir sur la terre. 6. Origène (mort vers 250 de notre ère), qui est loin d'être une référence, a dit que “le Père et le Fils sont deux substances (...), deux choses pour ce qui est de leur essence”, et que “comparé au Père, [le Fils] est une très petite lumière”.   


Point de divinité, de dieu que Dieu !
« Vulnerant omnes, ultima necat. »
Nous ne le dirons jamais assez.
Explicit totus liber.

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14/08/06 .

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