Croyances

LES SOURCES DE LA MÉCRÉANCE ET DE L'INNOVATION

Science du Monothéisme

   Dans l’Islam traditionnel, il existe une science appelée le Monothéisme. Deux Écoles la composent. De nombreux personnages ont écrit la concernant de nombreux ouvrages. De notre temps, il existe une fraction de notre communauté qui remette en doute et en cause la valeur de cette science. Un nouveau groupe a donc formé un mouvement dit  réformateur. Un groupement propre à lui. Parmi eux, le fils (ibn) Taymiya, son disciple ibnou Qayim Jaouzi, Mohammad fils d’Abdal Wahhab, Albanay, etc., pour ne citer qu’eux. Pour notre part, n'est-il pas de notre devoir de défendre les croyances des Anciens ? Des gens de la Tradition et du groupe des Savants religieux traditionnels ? 

   Aux commentateurs coraniques de souligner : Mécréance (koufr, en arabe). La mécréance (ou l'incroyance) est la négation. Origine du mot : le voile. Ainsi a été nommé la nuit, parce qu'elle cache les choses par les ténèbres. De même l'agriculteur, puisque qu'il cache le grain par la terre. Le mécréant quant à lui cache la vérité par sa négation. Quant à la mécréance, elle est de quatre sortes :
  
1°) la mécréance répulsive qui est, à l'origine, l'absence de la connaissance de Dieu et le refus absolu de le reconnaître comme tel. Il mécroit en Lui.
  
2°) la mécréance négationniste. Il connaît Dieu en son cœur mais refuse de Le reconnaître par sa langue. Ex.: du diable et la mécréance des Judaïsés (Coran II 89).
  
3°) La mécréance opiniâtre, qui est la reconnaissance de Dieu en son cœur et par la bouche, mais en refuse toute pratique. Ex.: Abou Tâlab, oncle du Prophète, des humanistes…
  
4°) La mécréance hypocrite (ou sournoise) : Reconnaître par la langue ce qu'il n'y a pas dans le cœur.

   Conclusion : Celui qui viendra devant son Créateur avec une de ses quatre sortes ne sera pas pardonné par Lui. 


Au nom de Dieu, Allaha,
Le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux !
 

    Que Prière et Paix[1] soient sur notre seigneur[2] et maître Mohammad, sa famille et ses compagnons.
   Le Maître juriste et savant, homme de grande valeur, le saint, Aboû Abd Allah fils de Youssouf Alsénoussi[3] (que Dieu lui fasse miséricorde !) a dit : 

   Louange à Allah, Seigneur des mondes ! Que Prière et Paix soient sur notre seigneur et maître Mohammad, sceau des prophètes et guide des messagers. Que Dieu le Très Haut agréé sa famille et l'ensemble de ses compagnons. 

   Et après

   Le Maître a dit : Je me propose de donner, dans ce petit livret, un commentaire abrégé de mes Prolégomènes[4]. Par la grâce de Dieu (Pureté à Lui !), je Lui demande l'aptitude dans la vérité, la récompense dans les actions. Il est le Suzerain, le Généreux, le Puissant qui crée ce qu'Il veut, et selon Son choix ! 

I

    Thème. Les sources de la mécréance et de l'innovation sont au nombre de sept : 

   1°) La nécessitation essentielle, qui attribue les choses existantes à Dieu, agissant comme une cause logique ou comme  une loi naturelle, sans libre choix.

   2°) L'optimisme logique, consistant à soutenir que les actes de Dieu et Ses décisions sont subordonnés logiquement à  des mobiles, qui sont la réalisation du bien et de l'empêchement du mal ;

   3°)  L'imitation vicieuse, qui consiste à suivre l'opinion d'autrui par solidarité et de parti pris, sans rechercher la vérité ;

   4°) L'induction expérimentale, qui affirme une corrélation forcée d'existence ou de non-existence entre une chose et une autre, en s'appuyant sur l'expérience ;

   5°) L'ignorance complexe, qui consiste à ignorer la vérité et ignorer qu'on l'ignore ;

   6°)  L'attachement, en matière de foi, à la signification apparente du Coran et de la Tradition, sans distinction entre ce que cette signification apparente à d'impossible ou de possible ;

   7°) L'ignorance des règles de raisonnement, par le moyen desquelles on connaît la nécessité des choses nécessaires, la contingence des choses contingentes et l'impossibilité des choses impossibles, ainsi que l'ignorance de la langue arabe, comprenant la lexicologie, la grammaire et la rhétorique. Soit, une seule des croyances que nous venons d'indiquer peut entraîner soit la qualification de mécréant, de l'accord unanime des docteurs orthodoxes, soit la qualification de novateur sans qu'il y ait accord sur la mécréance de l'auteur

Exposé

   La première cause indiquée dans le texte est la nécessitation essentielle[5], consistant à croire que l'Essence élevée produit les choses possibles, non pas volontairement (par libre choix), mais comme une cause logique ('illah) ou une force naturelle (tabi'ah). Il n'est pas douteux que le partisan de cette théorie ne soit un mécréant : elle le conduit, en effet, à nier la puissance et la volonté éternelles ; elle entraîne aussi comme conséquence l'éternité (qidam) du monde[6] enfin, elle entraînerait la fausseté de ces passages du Coran : « Ton Seigneur crée ce qu'il lui plaît, et il agit librement » (Coran XXVIII 68) ; et cette autre parole divine : « Loin de la, les deux mains de Dieu sont ouvertes ; Il distribue [ses dons] comme Il veut » (Coran V 69), ainsi que d'autres passages nombreux du Coran et de la Tradition. 

La différence entre la cause logique ('illa) et la force naturelle (tabi'a) réside en ce que : 

1°) la première[7] entraîne l'existence de l'effet, qu'elle accompagne toujours et qui ne peut, en aucune façon, être séparé d'elle.
2°) La seconde n'entraîne l'existence de l'effet que s'il y a réalisation des conditions requises et absence d'empêchements ; mais l'effet peut ne pas coexister avec elle, par suite de l'absence d'une condition ou de la présence d'un empêchement.  

   La fausseté de cette doctrine est manifeste. Il est démontré, en effet, d'une manière certaine, que Dieu le Suzerain, Béni et Très Haut est nécessairement éternel dans le passé (sans commencement) et que tout ce qui n'est pas Lui a eu nécessairement un commencement (alhoudouth). Il est également démontré qu'il est impossible qu'il existe une série de choses adventices (produites) qui n'aurait pas de commencement. D'où il résulte, d'une manière certaine et indubitable[8], que Dieu le Suzerain, Béni et Très Haut a créé[9] l'univers[10] librement (par voie de libre choix (ikhtiyar)) et non par voie de conséquence[11] exigeante (louzoûm) dans l'éternité[12] (sans commencement), c'est‑à‑dire comme cause logique ; ni par voie de conséquence exigeante du fait qu'Il ne cesse [d'être] (la yazâl), c'est-à-dire comme une loi naturelle, si l'on suppose que l'absence d'une condition ou l'existence d'un empêchement a fait obstacle à l'existence du monde dans l'éternité (sans commencement) ; en effet, si l'une des conditions de l'existence du monde avait fait défaut dans l'éternité (sans commencement), le monde n'aurait jamais pu exister, parce que l'on devrait dire de cette condition ce qu'on a dit du monde et qu'il en résulterait une régression à l'infini. Et si un empêchement à l'existence du monde s'était produit dans l'éternité (sans commencement), la préexistence, cet empêchement serait éternel dans le passé (qadîman) et ne pourrait plus cesser d'exister ; or, l'existence du monde est subordonnée à la non existence de cet empêchement le monde ne pourrait donc jamais exister. (à suivre)


[1] Formules d’eulogies : que Dieu prie sur lui, l’agrée, lui fasse miséricorde, etc., formules propres à l’Islam traditionnel. Le terme “prie” s’emploie pour le divin Créateur, les Anges. Les exégètes interprètent la “prière” divine comme étant un octroi de Sa miséricorde et la “prière” angélique comme une demande de pardon pour les créatures. En ourdou, les dourouds.
[2] Avec un s minuscule. Arabe, sayid.
[3] Nom connu en Afrique du Nord : Senoussi, Senoussis, Senousi, Senousis ou Sanusi (Sanusi), membre d’une confrérie (Sanusiyyah) fondée v. 1837 par Muhammad fils de ’Ali S-Sanusi (Al-Wasitah, Algérie, v. 1787 ­ Djaghbub, Libye, 1859) et implantée notam. en Libye, pays dont, en 1951, le chef de la confrérie devint roi (Idris Ier).  (V. © Hachette Livre, 1997). 2. Parmi les grandes figures que l'Ecole ach'arite a produites au cours des temps, on doit nommer : Aboû Bakr Albâqillânî (ob. 403/1013) auteur du Livre Altamhîd qui est le premier essai de doter l'ach'arisme d'un vrai système doctrinal ;  le fils (ibn) Foûrak (Aboû Bakr Mohammad fils de Hassan, ob. 400/1015) ; Aboû Ishaq Alisfarâ'nî (ob. 418/1037) ;  Aboû Ja'far Ahmad fils de Mohammad Alsemnâni (ob. 444/1052) ; Imam Alharamayn (Aldjouaynî, ob. 478/1085), dont l'ouvrage, le Livre Alirchâd, est considéré comme la forme achevée de l'ach'arisme ; le célèbre Ghazalî (ob. 505/1011) ; le fils de Toûmart (ob. Vers 524/1030) ; Sharastâni (ob. 548/1153) ; Fakhrouddîn Râzî (ob. 606/1210) ; 'Adod Aldîn Idjî (ob. Vers 756/1355) ; Djordjâni (ob. 816/1413) ; Sanoussî (ob. 895/1490). (V. H. Corbin. Histoire de la philosophie islamique.).
[4] En arabe, mouqaddimât. 2. Prolégomènes. Notions préliminaires à l’étude d’une science. En l'occurrence : la science du Monothéisme, en arabe, le tohîd.
[5] Soit, en arabe : idjâb aldzâty.
[6] Des mondes.
[7] Définition de la cause logique.
[8] indubitable. Dont on ne peut douter, certain.
[9] Aoudjada, faire exister, faire naître.
[10] Les mondes. Ceci pour abolir les paroles des chercheurs et scientifiques du monde biblique sur le vieillissement et l’ancienneté du monde. Nous savons tous que le monde scientifique biblique (incroyants : toranique + évangélique) nie absolument la création du monde par le divin Créateur. Puis, la création du premier homme Adam à partir du néant. En Europe, dans le monde biblique, gens du monde politique, athées, mécréants, philosophes, chercheurs, etc., ne se sont-ils pas tous assemblés pour faire front commun et faire croire à l’homme de la rue, à l’élève à l’école, que le divin Créateur n’existe pas ? Que ces croyances sont absurdes ? sans fondement ? Dans les deux cas, le monde de l’Athéisme comme le monde de la Mécréance ne cherchent-ils pas à égarer les gens, les tromper, les mener à l’abattoir pour en faire des victimes du Diable banni (que Dieu le maudisse !) ? Enfin, au Feu infernal pour l’Éternité de l’Éternité ?
[11] Selon les Savants : Il existencia (aoudjada) le Monde, non par une réflexion faisant suite à un oubli, ni en prenant des dispositions faisant suite à une ignorance, (réflexion et dispositions) qui lui auraient donné la science de ce qu'Il ignorait (que Sa sainteté et Sa sublimité soient proclamées bien au-dessus de cela !) mais, au contraire, Il l'existencia (à la suite) de la Science cachée et préexistante en Lui et de la détermination (ta'yin) de la Volonté éternelle et transcendante ayant décidé des choses à existencier dans le Monde, telle que : temps (zamân), lieu (makân), couleurs (alwân) et modalités d'existence (akwan). Il n'y a en réalité dans l'Existence pas d'autre "voulant" (mourîd) que Lui, car Il est celui qui dit : "Et vous voudrez qu'autant que Dieu voudra". Et Pureté à Lui ! comme Il a su et a voulu, Il a particularisé (khaçça) et assigné (qaddara), et a existencié.
[12] Azal, prééternité, préexistence, éternité perpétuelle sans commencement et sans fin.



Point de divinité, de dieu que Dieu !
« Vulnerant omnes, ultima necat. »
Nous ne le dirons jamais assez.
Explicit totus liber.

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